DU 4 AU 9 JANV. // L’URUGUAYEN // CIE PIRENOPOLIS

 » J’ai rencontré ce texte de Copi il y a plusieurs années. Je voulais l’entendre en voix et l’inscrire dans la chair. Puis il est resté comme une promesse dans un coin de l’esprit. J’ai laissé le désir sommeiller comme pour en tester sa ténacité. Une conjoncture d’événements l’a fait resurgir comme un désir enfin avoué. Dans ma pratique artistique j’écoute l’évidence et la nécessité.
Ce fût comme une intuition. La sensation que cette écriture agit comme un cri souterrain qui raisonne avec mon propre cri intérieur. Le besoin d’impacter mon art dans une époque de bouleversements sociauxpolitiquo-
philosophico-spirituels où le virage déshumanisant que prend notre civilisation stigmatise la misère sociale et alimente une montée populiste effrayante. Et enfin, l’acceptation faîte à ma demande, par Christophe Chave, directeur de la Distillerie (lieu de fabrique de spectacles vivants) à mettre en scène le projet.

Christophe connaît Copi. Il a étudié les méandres de son écriture à travers 3 mises en scènes au sein de sa compagnie Les Gens d’en Face. J’ai été convaincu par l’implacabilité de ses mises en scènes et de l’impact de
la parole. C’est au détour d’un pari contracté que nous avons convenus ensemble de nous attaquer à L’uruguayen.

C’est un texte à tiroirs truffé de codes à déchiffrer. La sensation qui s’en dégage est extrêmement vive, comme si de terribles secrets sous-jacents ne pouvaient être livrés que par le travestissement des histoires. De là naît
un humour acerbe, corrosif et nécessaire. Il faut pouvoir rire, car une étrange amertume laissera sa marque dans les esprits.
C’est une lettre qui s’écrit dans la chair. Lui, l’auteur, est en exil en Uruguay. Il adresse sa lettre à un certain «maître», visiblement resté en France. Son mentor, son amant ou son double, rien n’est dit. On peut pressentir que Copi s’adresse symboliquement à une autre part de lui même, car dans la réalité, il est lui même exilé en France lors des dictatures militaires en Amérique latine. On peut imaginer qu’il crée un avatar immuable et intouchable, en voyage à Montevideo, exactement au moment de l’arrivée au pouvoir des militaires.
Sans rien dénoncer de front, il nous parle de l’instinct maladif du besoin de propriété, de la folie déshumanisante face à une insécurité qui présage l’avènement d’une politique d’effroi, de censure qui coût les bouches des artistes, penseurs et journalistes, de paysages post apocalyptiques, comme une réponse anticipée à ce qui nous savons aujourd’hui de l’état de la terre, de la destruction des valeurs morales pour les remplacer par des conditionnements sociaux, et de la force de survie portée par le poète lui même.

L’apparente absurdité du récit n’enlève pas la vérité de ce qui est dit. Mieux vaut le prendre au sérieux car c’est à cette condition que la force et l’humour des situations révéleront la poétique du texte. Tout est vrai,
terrifiant et fou.
La présence de l’homme du récit est une provocation en soi, car il flotte et survit au milieu d’un désastre social, politique, culturel, et écologique. Il est témoin de la bêtise ambiante, de la résignation d’un peuple, mais aussi de son oppression, son massacre, son génocide. Il traverse tout. Il est un poème planté dans la nature. C’est Copi. C’est le poète, le fou, l’artiste, le témoin impuissant de son époque, mais qui inscrit sa voix par ce conte absurde, dans un monde qui l’est encore plus. (…) Mais le monde aux allures d’effondrement n’est il pas fou aujourd’hui ? Nos vies qui continuent coûte que coûte à se débattre dans un avenir serré entre catastrophes écologiques, politiques et morales ne font elles pas de nous des fous en activités, propulsés par une frénésie irréversible ? Nous sommes fous, et nous le savons.
Copi le sait et il le dit. L’homme de ce texte pourrait être désincarné, juste une voix, une présence tenace, une intention qui traverse son époque sans vaciller, droit comme un I, un passeur, une ombre, le témoin critique qui sera toujours là. La voix de celui qui voit. La voix du poète qui résiste à tout, malgré tout. La voix intérieure qui nous dit : attention, je vais vous raconter une histoire.  »

Stéphane Pastor, acteur et responsable artistique de la compagnie.

Note de Christophe Chave, metteur en scène
 »J’ai travaillé autour de l’oeuvre de Copi de 2008 à 2013 avec trois mises en scène : Les quatre jumelles, La femme assise et L’homosexuel ou la difficulté de s’exprimer.
Cette proposition et ma détermination à continuer d’explorer la partie immergée de l’écriture de cet auteur me permettent de fabriquer un théâtre qui interroge collectivement mes semblables dans les retranchements
infimes de chacun. Naissant derrière les barrières de l’a priori moraliste ou liberticide qui se sont effondrées grâce à cette langue et sa cruauté, le théâtre de Copi me concède la possibilité d’avoir un regard plus acéré
sur la société, et à partir de là, présenter à mes concitoyens une forme d’émancipation nécessaire à toute existence qui a dessein d’être la plus éclairée possible.
Après la lecture de son théâtre, je crois que Copi permet de l’envisager. Il place dans son écriture l’alternative d’un leitmotiv d’espace et de temps et met en exergue une incessante volonté de traiter le monde dans son
politique et son organisation sociale par le théâtre.
Outre son talent pour brouiller les pistes du sexe et du genre, faire voler en éclats la cellule familiale et disperser les lois hiérarchiques aux quatre vents en ajoutant un malin plaisir à se charger de la critique de nos
névroses et psychoses, Copi s’attaque, par l’emploi des archétypes, à tout ce qui entrave la liberté et le choix d’être sans devoir paraître ou trahir son moi intérieur.
Au travers de ce personnage de L’Uruguayen, c’est donc cette part d’intimité que je veux travailler avec Stephan Pastor. Il s’agira pour moi de construire, non pas la figure même de l’auteur, mais bien là ou ce dernier puise l’ambiguïté des corps, à partir de cet être, ce souvenir d’un passé vécu ou pas, cette image d’un homme seul ou non…

Ce projet que me propose Stephan est très excitant, ne serait-ce que pour cette langue si particulière et cet engagement politique infaillible, pour un théâtre qui place en son centre la vérité de nos existences, pour un théâtre d’une actualité étonnante. »


Crédits photographiques ; Cie Pirenopolis.

L’Uruguayen est un texte de Copi, 1973.

Cie Pirenopolis

Avec Stéphan Pastor

Mise en scène Christophe Chave

Contact compagnie : L’artistique 06 82 55 10 04 | L’administratif 06 62 63 10 02 |compagniepirenopolis@gmail.com


Compagnie en résidence à la Distillerie du 4 au 9 janvier 2021.

Sortie de résidence prévue.

Renseignement et réservation  >  04 42 70 48 38  / la.distillerie13@free.fr

Tarif unique > 5.00€    //  Adhésion obligatoire > 1.00€

Le Bar Associatif est ouvert une demi heure avant le spectacle…

Venir à La Distillerie…

Laisser un commentaire

Powered by WordPress.com. Thème : Baskerville 2 par Anders Noren.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :