ย ยป J’ai rencontrรฉ ce texte de Copi il y a plusieurs annรฉes. Je voulais l’entendre en voix et lโinscrire dans la chair. Puis il est restรฉ comme une promesse dans un coin de l’esprit. J’ai laissรฉ le dรฉsir sommeiller comme pour en tester sa tรฉnacitรฉ. Une conjoncture dโรฉvรฉnements l’a fait resurgir comme un dรฉsir enfin avouรฉ. Dans ma pratique artistique j’รฉcoute l’รฉvidence et la nรฉcessitรฉ.
Ce fรปt comme une intuition. La sensation que cette รฉcriture agit comme un cri souterrain qui raisonne avec mon propre cri intรฉrieur. Le besoin d’impacter mon art dans une รฉpoque de bouleversements sociauxpolitiquo-
philosophico-spirituels oรน le virage dรฉshumanisant que prend notre civilisation stigmatise la misรจre sociale et alimente une montรฉe populiste effrayante. Et enfin, l’acceptation faรฎte ร ma demande, par Christophe Chave, directeur de la Distillerie (lieu de fabrique de spectacles vivants) ร mettre en scรจne le projet.
Christophe connaรฎt Copi. Il a รฉtudiรฉ les mรฉandres de son รฉcriture ร travers 3 mises en scรจnes au sein de sa compagnie Les Gens d’en Face. J’ai รฉtรฉ convaincu par l’implacabilitรฉ de ses mises en scรจnes et de l’impact de
la parole. C’est au dรฉtour d’un pari contractรฉ que nous avons convenus ensemble de nous attaquer ร L’uruguayen.
C’est un texte ร tiroirs truffรฉ de codes ร dรฉchiffrer. La sensation qui s’en dรฉgage est extrรชmement vive, comme si de terribles secrets sous-jacents ne pouvaient รชtre livrรฉs que par le travestissement des histoires. De lร naรฎt
un humour acerbe, corrosif et nรฉcessaire. Il faut pouvoir rire, car une รฉtrange amertume laissera sa marque dans les esprits.
C’est une lettre qui s’รฉcrit dans la chair. Lui, l’auteur, est en exil en Uruguay. Il adresse sa lettre ร un certain ยซmaรฎtreยป, visiblement restรฉ en France. Son mentor, son amant ou son double, rien n’est dit. On peut pressentir que Copi s’adresse symboliquement ร une autre part de lui mรชme, car dans la rรฉalitรฉ, il est lui mรชme exilรฉ en France lors des dictatures militaires en Amรฉrique latine. On peut imaginer qu’il crรฉe un avatar immuable et intouchable, en voyage ร Montevideo, exactement au moment de l’arrivรฉe au pouvoir des militaires.
Sans rien dรฉnoncer de front, il nous parle de l’instinct maladif du besoin de propriรฉtรฉ, de la folie dรฉshumanisante face ร une insรฉcuritรฉ qui prรฉsage lโavรจnement d’une politique d’effroi, de censure qui coรปt les bouches des artistes, penseurs et journalistes, de paysages post apocalyptiques, comme une rรฉponse anticipรฉe ร ce qui nous savons aujourd’hui de l’รฉtat de la terre, de la destruction des valeurs morales pour les remplacer par des conditionnements sociaux, et de la force de survie portรฉe par le poรจte lui mรชme.
L’apparente absurditรฉ du rรฉcit n’enlรจve pas la vรฉritรฉ de ce qui est dit. Mieux vaut le prendre au sรฉrieux car c’est ร cette condition que la force et l’humour des situations rรฉvรฉleront la poรฉtique du texte. Tout est vrai,
terrifiant et fou.
La prรฉsence de l’homme du rรฉcit est une provocation en soi, car il flotte et survit au milieu d’un dรฉsastre social, politique, culturel, et รฉcologique. Il est tรฉmoin de la bรชtise ambiante, de la rรฉsignation d’un peuple, mais aussi de son oppression, son massacre, son gรฉnocide. Il traverse tout. Il est un poรจme plantรฉ dans la nature. C’est Copi. C’est le poรจte, le fou, l’artiste, le tรฉmoin impuissant de son รฉpoque, mais qui inscrit sa voix par ce conte absurde, dans un monde qui l’est encore plus. (…) Mais le monde aux allures d’effondrement n’est il pas fou aujourd’hui ? Nos vies qui continuent coรปte que coรปte ร se dรฉbattre dans un avenir serrรฉ entre catastrophes รฉcologiques, politiques et morales ne font elles pas de nous des fous en activitรฉs, propulsรฉs par une frรฉnรฉsie irrรฉversible ? Nous sommes fous, et nous le savons.
Copi le sait et il le dit. L’homme de ce texte pourrait รชtre dรฉsincarnรฉ, juste une voix, une prรฉsence tenace, une intention qui traverse son รฉpoque sans vaciller, droit comme un I, un passeur, une ombre, le tรฉmoin critique qui sera toujours lร . La voix de celui qui voit. La voix du poรจte qui rรฉsiste ร tout, malgrรฉ tout. La voix intรฉrieure qui nous dit : attention, je vais vous raconter une histoire. ย ยป
Stรฉphane Pastor, acteur et responsable artistique de la compagnie.
Note de Christophe Chave, metteur en scรจne
ย ยปJโai travaillรฉ autour de lโoeuvre de Copi de 2008 ร 2013 avec trois mises en scรจne : Les quatre jumelles, La femme assise et Lโhomosexuel ou la difficultรฉ de sโexprimer.
Cette proposition et ma dรฉtermination ร continuer dโexplorer la partie immergรฉe de lโรฉcriture de cet auteur me permettent de fabriquer un thรฉรขtre qui interroge collectivement mes semblables dans les retranchements
infimes de chacun. Naissant derriรจre les barriรจres de lโa priori moraliste ou liberticide qui se sont effondrรฉes grรขce ร cette langue et sa cruautรฉ, le thรฉรขtre de Copi me concรจde la possibilitรฉ dโavoir un regard plus acรฉrรฉ
sur la sociรฉtรฉ, et ร partir de lร , prรฉsenter ร mes concitoyens une forme dโรฉmancipation nรฉcessaire ร toute existence qui a dessein dโรชtre la plus รฉclairรฉe possible.
Aprรจs la lecture de son thรฉรขtre, je crois que Copi permet de lโenvisager. Il place dans son รฉcriture lโalternative dโun leitmotiv dโespace et de temps et met en exergue une incessante volontรฉ de traiter le monde dans son
politique et son organisation sociale par le thรฉรขtre.
Outre son talent pour brouiller les pistes du sexe et du genre, faire voler en รฉclats la cellule familiale et disperser les lois hiรฉrarchiques aux quatre vents en ajoutant un malin plaisir ร se charger de la critique de nos
nรฉvroses et psychoses, Copi sโattaque, par lโemploi des archรฉtypes, ร tout ce qui entrave la libertรฉ et le choix dโรชtre sans devoir paraรฎtre ou trahir son moi intรฉrieur.
Au travers de ce personnage de LโUruguayen, cโest donc cette part dโintimitรฉ que je veux travailler avec Stephan Pastor. Il sโagira pour moi de construire, non pas la figure mรชme de lโauteur, mais bien lร ou ce dernier puise lโambiguรฏtรฉ des corps, ร partir de cet รชtre, ce souvenir dโun passรฉ vรฉcu ou pas, cette image dโun homme seul ou nonโฆ
Ce projet que me propose Stephan est trรจs excitant, ne serait-ce que pour cette langue si particuliรจre et cet engagement politique infaillible, pour un thรฉรขtre qui place en son centre la vรฉritรฉ de nos existences, pour un thรฉรขtre dโune actualitรฉ รฉtonnante.ย ยป

L’Uruguayen est un texte de Copi, 1973.
Cie Pirenopolis
Avec Stรฉphan Pastor
Mise en scรจne Christophe Chave
Contact compagnie : L’artistique 06 82 55 10 04 | L’administratif 06 62 63 10 02 |compagniepirenopolis@gmail.com
Compagnie en rรฉsidence ร la Distillerie du 4 au 9 janvier 2021.
Sortie de rรฉsidence prรฉvue.
Renseignement et rรฉservation > 04 42 70 48 38 / la.distillerie13@free.fr
Tarif unique > 5.00โฌ // Adhรฉsion obligatoire > 1.00โฌ
Le Bar Associatif est ouvert une demi heure avant le spectacle…

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